Devenu au XXe siècle un axe nord-sud majeur de l’Europe, le couloir a concentré les modes de transport et le trafic au point de connaître une saturation excessive. Cette géohistoire explore les logiques et les modalités de sa construction socio-économique en opposant les marges montagnardes et l’axe du sillon.
Échanges transversaux entre le fond du couloir et les versants de la grande vallée
Les historiens ont mis à juste titre l’accent sur le rôle majeur de l’axe Saône-Rhône depuis la protohistoire au moins. Cependant, de la Bourgogne au littoral de la Provence et du Languedoc, les échanges transversaux ont sans doute connu une plus grande ancienneté et une plus grande régularité que les échanges nord-sud.
Ces interactions concernaient le monde rural : les mouvements saisonniers des troupeaux, les échanges de matières premières des montagnes pour l’artisanat et l’industrie des textiles et du cuir, contre le vin et le grain des bas côteaux ensoleillés.
La marge massif centralienne était sans doute plus concernée que la marge jurassienne et alpine car la modestie de la première justifiait une occupation plus dense de l’espace.
Les échanges méridiens par le fleuve à l’origine de l’axe économique
Même si l’on connaît mal les époques antérieures à l’époque romaine, caractérisées par des échanges est-ouest au nord de Lyon davantage que méridiens, l’axe a pris toute sa dimension avec la conquête romaine de la Gaule et la poussée vers la Germanie et la Bretagne.
En témoigne un semis de villes qui, sauf à Vienne, oblitère l’empreinte celte davantage liée à des routes terrestres latérales qu’à la navigation.
La croissance moderne et contemporaine, liée à l’industrialisation de la vallée à l’initiative de Lyon et du bassin stéphanois, aux progrès des transports ainsi qu’à l’amplification des échanges d’ampleur européenne, conduit à un encombrement et à des nuisances dommageables aux habitants de la vallée.
Des marges exploitées au profit des villes
De petites villes telles que Vienne, Annonay et Romans ont certes conquis une place notable dans l’industrie du couloir grâce à leurs manufactures traitant les productions locales, l’ensemble des rivières a fourni l’énergie à des centaines de filatures, de moulinages et d’usines de tissage.
La révolution industrielle a sollicité le sous-sol des marges rhodaniennes pour la fourniture de métaux et de charbon aux industries lourdes de l’axe, de bois pour la mine, d’eau pour le travail des moulinages et filatures. La demande urbaine a ensuite drainé la dense population des pentes et affaibli les vieilles régions rurales.
Le rôle majeur du glissement géographique de l’énergie
L’apport sans doute le plus important a été celui de l’énergie basée sur le charbon et sur l’hydroélectricité des marges à une époque où le dynamisme du fond du couloir était bridé par un déficit d’énergie. Le Vercors et le Jura ont permis un sursaut favorable à la fin du XIXe siècle et jusqu’aux années 1950.
Le grand basculement est permis par le harnachement du Rhône ; il débute au profit du Rhône avec le barrage-usine de Jonage-Cusset (1899), s’accentue avec l’équipement hydroélectrique de Génissiat (1948) et Donzère-Mondragon (1952), et la valorisation civile de l’atome (1973).
C’est alors que l’axe fluvial a assis sa prédominance et marginalisé les pentes.
Des pentes dépeuplées et marginalisées
L’épuisement des pentes est la conséquence logique de leur très ancienne surexploitation. Le couloir a drainé les ressources au profit des villes et des sites industriels fluviaux tandis que la population quittait ces terres pour les banlieues industrielles. La chance de ce fond de couloir a été l’abondance de la Saône et surtout du Rhône qui ont permis une forte navigation, l’essor sans limite de la production énergétique et une dilution (partielle) des rejets.
Les limites du sillon sont maintenant atteintes ou dépassées en ce qui concerne les transports terrestres et la santé humaine. La bascule réhabilite les collines et les montagnes dont la qualité de l’environnement est à l’origine d’une évidente attractivité.