Portrait

Matthieu Ghilardi

En direct du fleuve

Matthieu Ghilardi © M Ghilardi

Tous les mois, un rendez-vous avec une personne qui développe un lien particulier au Rhône ou à la Saône. L’esprit de ces portraits : pour les mêmes questions, différentes réponses qui nous donnent, par ricochet, de nouvelles vues sur le fleuve !
Ce mois-ci, RDV avec Matthieu Gilhardi, géographe géomorphologue, qui a travaillé sur l’histoire des impacts des crues du Rhône sur le pont d’Avignon.

 

Bonjour Matthieu Ghilardi, pouvez-vous vous présenter en quelques lignes et nous parler du lien que vous avez avec le Rhône ?

Je suis Géographe géomorphologue, titulaire d’un doctorat en Sciences de l’environnement (Univ. Paris Est Créteil) et diplômé de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (Section SVT, Paris). Je suis devenu chercheur au CNRS en 2009 et mon laboratoire (CEREGE) se situe à Aix-en-Provence. Depuis 15 ans environ, je dirige et participe à des programmes de recherche pluridisciplinaires ayant pour but de mieux comprendre les interrelations entre sociétés humaines et mobilité/changement des paysages. Ainsi, j’ai pu travailler dans l’ensemble du bassin méditerranéen (Grèce, Croatie, Chypre, Corse, Egypte, Baléares, etc.) et j’ai plus particulièrement reconstitué les dynamiques des grands fleuves méditerranéens (Nil, Rhône et Aliakmon-Grèce) en lien avec l’histoire de l’occupation humaine. C’est ainsi que j’ai été amené à travailler dans le secteur du Pont d’Avignon pour tenter de mieux apprécier les impacts des crues du Rhône sur la vie de l’un des ponts les plus célèbres.

Donnez-nous trois ou quatre adjectifs pour décrire le Rhône

Imprévisible, indomptable, majestueux, polymorphe.

Quel est votre meilleur souvenir avec le Rhône, ou un autre cours d’eau ?

Au cours d’une campagne de relevés bathymétriques (mesure de la profondeur des chenaux du bras d’Avignon et de Villeneuve à Avignon), j’ai pu apprécier la beauté sauvage et la sérénité qu’il se dégage des rives du fleuve même si les chenaux sont régularisés par les actions anthropiques.

Avez-vous un fleuve préféré, lequel, pourquoi ?

Le Nil,  poumon vert de l’Égypte et cadre géographique de l’une des plus anciennes civilisations de la planète. La vallée du Nil en Égypte concentre la quasi-totalité de la population du pays et est bordé de temples pluri-millénaires, cela incite à la modestie et à être respectueux des anciens égyptiens ! C’est aussi un fleuve très riche en faune et voir des varans de plus de 2 m de long côtoyer les champs et les villages installés en bordure du fleuve donne une dimension irréelle.

Quel avenir imaginez-vous pour le Rhône ?

D’un point de vue environnemental, je souhaiterais des eaux plus propres et l’aménagement de zones de baignade pour redonner aux populations la possibilité de profiter pleinement de sports d’eau.
Le Rhône que l’on redoute tant pourrait ainsi devenir un « ami proche » et ne plus être perçu comme uniquement générateur de désastres (crues et inondations).

 

Parmi celles qui vous sont présentées, quelle citation préférez-vous ? Pourquoi ?

La Pragmatique

Il est plus facile de déplacer un fleuve que de changer son caractère

Proverbe chinois

C’est bien vrai ! Malgré tous les aménagements hydrauliques, le Rhône reste indomptable et imprévisible : des crues (comme celle de 2003 à Avignon) nous rappellent à l’ordre et doivent nous inciter à ne pas considérer comme acquis tout aménagement fluvial!

  • portrait Matthieu Ghilardi © M Ghilardi

    Matthieu Ghilardi

  • Photo de Matthieu Ghilardi, vue sur le Rhône© M Ghillardi

    Vue sur le Rhône, du Pont d’Avignon