Portrait

Héloise Pocry

en direct du Léman

Heloise Pocry© Alina Weber

L’activité principale d’Héloïse Pocry est la création et la médiation artistique : elle imagine des projets et ateliers qui mêlent les arts littéraires aux arts visuels et scéniques. Son espace d’intervention préféré : le Léman.

La série des portraits En direct du fleuve propose des rendez-vous avec des personnes qui développent un lien particulier au Rhône ou à la Saône. Aux mêmes questions, différentes réponses nous donnent par ricochet, de nouvelles vues sur le fleuve !

Bonjour Héloïse Pocry, pouvez-vous vous présenter en quelques lignes et nous parler du lien que vous avez avec le Rhône ?

J’ai grandi à Paris et j’habite depuis 2004 au bord du Léman. Mon lien avec le Rhône se tisse principalement à travers le Léman qu’il traverse de manière invisible. En amont et en aval du lac, le Rhône change radicalement de visage. Je suis surprise à chaque fois que je me rends en Valais de voir le Rhône si petit. À l’autre bout du lac, le Rhône prend de l’ampleur et surtout des couleurs incroyables : on se croirait parfois dans les calanques de Cassis en plein Genève.
Entre les deux, c’est le Léman que j’aime tellement qu’il est devenu mon identité artistique sous le nom de Lémancolie. Je me permettrai donc de parler du Léman dans la suite de ce portrait.

Alors, donnez-nous trois ou quatre adjectifs pour décrire le Léman

Inspirant, multiple, salvateur, sublime.

Quel est votre meilleur souvenir avec le Léman ?

Je me souviendrai toute ma vie de la première fois que j’ai vu le lac à travers la vitre du train : j’en ai eu littéralement le souffle coupé. Je ne savais pas qu’il existait sur Terre des paysages aussi sublimes.
Je n’avais jamais vu de lac ni d’aussi hautes montagnes et les couleurs de tout ce qui m’entourait étaient magnifiques. C’était le 2 juillet 2004 et je venais comme bénévole au Montreux Jazz Festival. J’avais 19 ans, je ne connaissais que Paris et pas grand-chose de la vie, je n’étais jamais partie toute seule à l’étranger et ce voyage a révolutionné ma vie : j’ai jeté mon billet de retour !

Avez-vous une photo que vous affectionnez particulièrement ?  Pourquoi ?

J’adore cette image que j’ai prise à Vevey après un violent orage. La boue charriée par la Veveyse se répand dans le Léman et créant des couleurs, textures et reflets extraordinaires qui répondent au ciel en train de calmer sa colère. Vevey est mon lieu d’origine, même si je n’y suis pas née : c’est le seul endroit sur Terre où je me sens appartenir au monde. Cette sensation d’être « chez moi » quelque part sur Terre est précieuse.

Avez-vous un fleuve préféré, lequel, pourquoi ?

J’ai toujours habité près de l’eau, même si ce n’était jamais un fleuve. J’ai grandi tout près du Canal Saint-Martin à Paris. Même si cette eau était souvent peu ragoutante, j’étais curieuse de ce liquide qu’on peut regarder s’écouler sans se lasser, qui fluctue en couleur, reflet et débit, dont la surface constellée de feuilles mortes ou moirée d’huile de moteur témoigne du passage du temps et de l’humain.
Lorsque je suis arrivée au bord du Léman, ce rapport à l’eau est devenu amoureux, viscéral. Le lac est une source de sérénité qui m’a notamment permis de survivre à des périodes difficiles et une source d’inspiration pour ma création artistique. Il me manque terriblement si j’en suis éloignée plus d’une semaine. Ce paysage me remet les idées en place et je pense qu’il remet plus généralement l’humain à sa place.
Pour qui prend le temps chaque jour de l’admirer, c’est un appel permanent à la beauté et à la poésie, mais aussi un rappel constant à l’humilité.

Quel avenir imaginez-vous pour le Léman ?

J’imagine qu’il va malheureusement subir les conséquences du réchauffement climatique. J’espère que nous aurons l’intelligence de ne pas le considérer comme une ressource à épuiser, mais comme un patrimoine naturel et culturel à préserver pour les générations futures. Quoi qu’il se passe, je pense qu’il constituera toujours un lien solide, identitaire, entre les personnes qui habitent ses rives et cela au moins me donne confiance en l’avenir.

 

Parmi celles qui vous sont présentées, quelle citation préférez-vous ? Pourquoi ? Vous pouvez si vous le souhaitez en proposer une autre

LA LÉMANIQUE
Je choisis le dernier quatrain du poème « Le lac » de Lamartine, pour son appel à aimer.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé

Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
Tout dise : ils ont aimé !

 

Alphonse de Lamartine

 

 

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  • Leman scintillant © Heloise Pocry

    Léman scintillant